Chasseurs-Cueilleurs

Ces sociétés, aussi peu nombreuses soient-elles, ont toujours fait fantasmer l'Occident.
Deux attitudes se dégagent :

La première est celle qui consiste à vouloir absolument préserver ces peuples que l'on appelle même parfois "peuples premiers". Terme particulièrement malheureux et qui a donné nom à un grand musée à Paris. Le terme est malheureux puisque ces sociétés vivent de chasse de pêche et de cueillette et vivent comme vivaient nos ancêtres il y a 12 000 avant l'adoption de l'agriculture. On a donc tendance à considérer que ces sociétés sont des vestiges, des fossiles de ce qu'étaient nos ancêtres et on a tendance en les fossilisant, à oublier qu’elles nous sont contemporaines. On adopte alors une attitude identique à celle qu'on adopterait vis- à-vis d'une momie égyptienne, d'un os de mammouth, ou d'une gravure rupestre dans les grottes de Lascaux et l’on considère qu’ils font partie de notre patrimoine mondial, de notre patrimoine historique et qu'à ce titre on est en droit d'exiger de les protéger.

Il y a donc un discours extrême, bucolique, romantique, qui est de dire ces sociétés sont les témoins de notre passé et qu’il faut les figer, les préserver à ce titre.

L'autre point de vue tout aussi dramatique, c'est celui de nos instances gouvernantes.

C'est celui des états que ces populations nomades dérangent. Et ceci quelles que soient les latitudes. Ces populations ne respectent pas les frontières des états, elles ne payent pas d'impôts, circulent sur le vaste territoire en ne respectant pas les règles de la " République ", et pour bien des pays en développement, que ce soit en Afrique en Asie ou en Amérique, on estime que ces populations ont une façon de vivre totalement indécente et qu'il relève de l'obligation de l'État de les émanciper, de les intégrer en les faisant renoncer à un mode de vie jugé inacceptable, en les contraignant à la sédentarisation… Bref en les obligeant à s'insérer dans un système de pensée un mode de perception de ce qu'est une vie correcte et décente qui est notre modèle.

Nous le voyons, dans un cas comme dans l'autre, que l'on ai un discours bucolique et très positif à l'égard de ces nobles sauvages vivant en harmonie dans la forêt, où que l'on soit un dirigeant qui a décidé de mettre au pas ces populations pour mettre un terme à ces modes de vie, il y a un point commun qui est de penser à leur place quel est le meilleur futur pour elles.

Encore quelques dizaines d’années et tout cela sera fondu, confondu dans un tout anonyme.

" Alors, raison de plus pour sauver ce qui peut l’être encore. Même si cela ne sert à rien, je voudrais que la connaissance de leur vie, de leur culture, de leur humour et de leur joie soit reçue par ceux qui sont encore capable d’apprécier et d’aimer un des peuples parmi les plus anciens de l’humanité et de qui nous avons beaucoup à apprendre; reçue par ceux qui sont encore capable d’admirer comment ces hommes ont lutté en milieu hostile (la forêt vierge) l’ont dominé et on composé avec lui afin de survivre."

P. Robert BRISSON, in "Paroles des Pygmées Baka du Cameroun"

Demain
Le cœur du film est là, loin de l’imagerie romantique….

La mort de la sœur fondatrice n’a pas stoppé la dynamique, mais le trouble a gagné les sociétés pygmées plus que jamais obligées de s'ajuster aux exigences de la modernité. Cette modernité, que l'on croit bénéfique, contribue fortement à les déstabiliser. La problématique de la préservation de l'identité ressort ici.

La sédentarisation engendre un certain nombre de conséquences néfastes pour ces populations habituées au nomadisme. Elle compromet leur état de santé en favorisant la propagation d'agents pathogènes et en les exposant à de nouvelles maladies, elle cause de nouveaux troubles sociaux tels que l'alcoolisme, le tabagisme, le stress, la dépression et le SIDA, aujourd’hui la consommation de drogues opiacées.

Pourtant la transformation des modes de vie des pygmées demeure incontournable et probablement nécessaire pour leur survie mais s’il faut trouver des stratégies pour y parvenir sans les compromettre, cela passe au préalable par une analyse minutieuse de leurs droits. Ce que les pygmées vont devenir dépend à la fois de ce qu'ils seront en mesure de décider eux-mêmes et de ce que les systèmes d'autres acteurs sociaux leur permettront de déterminer.


 


Avec :
M. KOLOKOSSO, Peuples autochtones et droit au développement au Cameroun. Cas des pygmées Baka de l'est.  2010
P. BIGOMBE LOGO, « Cameroun : pygmées, Etat et développement. L'incontournable ajustement à la modernité », in L'Afrique politique, 1998
E. DOUNIAS, A. FROMENT, « Lorsque les chasseurs-cueilleurs deviennent sédentaires : les conséquences pour le régime alimentaire et la santé », in Unasylva 224, vol. 57, 2006
M. SINGLETON, « Identité culturelle », in Vivant Univers

E. DOUNIAS, 2ème conférence de la série imaginée par l’IRD (Institut de recherche pour le développement) à Marseille, dans le cadre de l'année internationale de la Forêt décrétée par l’Unesco, « Vivre en forêt tropicale, survivre quand elle disparaît »